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CARROSSERIE > N°730 > Mars 2020 Carrosserie automobile Technique > SOUDAGE Quels postes semi-automatiques pour tout souder ? Existe-t-il des postes capables de souder l'ensemble des tôles qui composent une voiture de dernière génération ? C'est la question que nous nous sommes posée. La réponse est à nuancer. Les solutions techniques développées par les constructeurs pour contenir la masse de leurs nouveaux modèles ne sont pas sans incidences sur le travail des carrossiers. En effet, la multiplication des tôles HLE, THLE, UHLE formées à chaud, l'aluminium ou encore les assemblages hybrides réclament l'utilisation d'outillages sophistiqués et multiples. Est-il possible d'imaginer un poste capable de répondre à l'ensemble des contraintes ? La réponse est hélas non et devrait rester négative pour un long moment encore. C'est en tout cas l'avis des spécialistes du secteur. Chez Aro, le directeur Activité Carrosserie, Martin Bretonneau, confirme : « En fait, j'ai l'impression que nous risquons de nous éloigner de la notion du poste universel. Les assemblages des tôles deviennent si complexes qu'il est difficile d'imaginer pouvoir tout faire avec un même poste ». DU CHALUMEAU AU MAG Historiquement, le poste semi-automatique s'est démocratisé au début des années 80 remplaçant peu à peu le chalumeau. Ce poste électrique qui fonctionne sous protection gazeuse active ou inerte (voir encadré) s'est vite imposé comme l'outillage idéal, capable d'une grande flexibilité. Plus récemment, le poste semi-automatique a dû revoir son éducation pour répondre aux besoins des carrossiers et des matériaux de nouvelle génération. Car, pour intervenir sur une voiture moderne, il ne suffit plus d'envoyer un fort courant générant des températures élevées pour obtenir une bonne fusion. Les tôles à très haute limite élastique, très fines, doivent être soudées avec davantage de respect. Ainsi, un bon poste MAG doit avant tout être capable de démarrer à de très faibles ampérages et proposer des réglages simplifiés afin que l'opérateur n'éprouve pas de difficulté à affiner la régularité du cordon de soudure. Pour Remi Harti, directeur du Département Carrosserie chez Gys, « Travailler avec des hautes intensités et des températures très élevées, c'est très facile. Mais faire un produit qui démarre à 15/20 A, c'est beaucoup plus complexe. Avec les premiers postes semi-automatiques qu'il a eu à disposition, le carrossier s'est adapté en effectuant des cordons par chainette afin de limiter la température. Mais il est plus logique que ce soit à l'outil de s'adapter à l'homme, et non l'inverse ». La vitesse de défilement du fil et sa qualité d'entrainement sont essentielles à l'obtention d'un bon cordon de soudure. Il est aujourd'hui établi que seuls les entraînements de type « quatre galets » sont les plus adaptés aux besoins du carrossier. Les postes semi-automatiques d'aujourd'hui doivent aussi être capables de souder l'aluminium ou encore répondre aux préconisations de certains constructeurs en matière de soudo-brasage de type Cupro. LE CUPRO POUR LES TÔLES À HAUTE LIMITE ÉLASTIQUE Le soudo-brasage de type Cupro assure une soudure hétérogène qui a pour principal avantage d'abaisser la température du bain de fusion afin de limiter la déformation des tôles à haute limite élastique et de préserver les caractéristiques du matériau. Sans cela, le carrossier aura toutes les peines du monde à redresser une tôle HLE déformée par la chaleur. Certains constructeurs la préconisent aussi lorsqu'il convient d'intervenir sur une zone ou la déformation programmée ne doit pas être affaiblie. Dans ce cas, le soudo-brasage joue un rôle de fusible à des endroits prédéterminés. En général, le cordon Cupro ne doit pas être meulé. L'utilisation du soudo-brasage reste très réglementé. Il ne faut donc pas utiliser cette solution pour remplacer un cordon MAG classique pour un assemblage sur des aciers doux. Techniquement, les postes semi-automatiques de dernière génération disposent de plusieurs torches dont une destinée à recevoir le fil de la bobine Cupro. UNE TORCHE SPÉCIFIQUE POUR L'ALUMINIUM La soudure sur tôle d'aluminium est un peu plus complexe à mettre en œuvre. Pour intervenir sur une véritable structure aluminium, il faut posséder une habilitation spécifique et un poste MAG classique ne permet pas d'entreprendre ce genre de travaux. Dans ce cas, c'est vers un poste aluminium pulsé, beaucoup plus onéreux à l'achat et davantage sensible à l'environnement poussiéreux d'une carrosserie, que le carrossier devra se tourner. Pour la grande majorité des entreprises, un poste MIG classique avec une torche Alu spécifique suffit amplement à entreprendre les quelques travaux de soudage qui pourraient s'avérer nécessaire sur des éléments de peau en aluminium, encore rares sur le parc roulant français. Cette configuration impose l'utilisation d'une bouteille d'argon pur et d'une troisième torche spécifique. En effet, celle-ci -beaucoup plus encombrante- intègre directement l'entraînement du fil, rendu nécessaire par la malléabilité de la matière, difficile à pousser de manière régulière depuis des galets positionnés en amont de la torche. Pour souder l'aluminium, le geste doit être un peu plus rapide. QUEL DEGRÉ DE SOPHISTICATION POUR LE CARROSSIER ? Lors d'un nouvel investissement, le carrossier a sans doute intérêt à se diriger vers un poste multi-procédé. Avec trois torches et deux bouteilles, il dispose de l'ensemble de solutions de soudage lorsque le « par points » n'est pas préconisé ou possible. Pour bien choisir son poste, il faut, autant que faire se peut, préférer des modèles capables de fonctionner en triphasé et veiller à ce que certaines caractéristiques soient bien respectées. Le courant de soudage doit être capable de descendre très bas en intensité (moins de 30 A) et disposer d'une bonne stabilité. A défaut de véritables programmes automatisés, la platine de réglage doit être simplifiée au maximum. Les postes les plus sophistiqués, dits synergiques, sont capables, à partir d'une seule donnée connue, d'adapter les autres réglages. Selon Martin Bretonneau « Même si ce terme est aujourd'hui un peu galvaudé, c'est une fonction essentielle d'un poste moderne ; avec un bon poste synergique, en choisissant l'épaisseur à souder, le poste va automatiquement adapter son intensité, son avance et son débit de gaz. Si le poste demande le réglage de plusieurs paramètres, ce n'est pas un vrai synergique ». Les autres points comme le poids, la maniabilité, la facilité de remplacement des bobines ou de démontage des torches et bien sûr le prix ne doivent pas pour autant être négligés. Ce dernier peut aller du simple au double, de 1 500 € à plus 3 000 € mais il faut détailler la proposition pour bien comparer. Pour cela, il faut veiller à ce que les caractéristiques soient données au minium avec un facteur de marche à 60 %. Certains fabricants proposent des solutions complètes avec masque, ensemble des accessoires et formations. Pour Remi Harti « Il ne faut surtout pas négliger la formation si l'on ne veut pas que l'opérateur finisse par utiliser du papier cache pour bloquer les réglages qui lui conviennent le mieux, de peur de ne plus les retrouver ensuite... » CONCLUSION Il existe un très grand nombre de fabricants de postes semi-automatiques. Mais rares sont ceux qui permettre de répondre aux exigences du travail de tôlier en carrosserie. Pour ne pas se tromper, il faut choisir parmi les postes homologués par le plus de constructeur possible. Photos D.R. Gaz de protection : actif ou inerte Le gaz de protection peut être soit actif, soit inerte. Avec un gaz inerte, il n?y a aucune réaction avec le bain de fusion, contrairement à l?utilisation d?un gaz actif qui participe directement à l?action de soudage. En effet, cela permet de transférer le matériau de soudage directement sur l?emplacement à souder et stabilise de fait en même temps l?arc électrique. L?emploi de gaz actif est privilégié pour le soudage MAG (Metal Active Gas) et le gaz inerte pour le soudage MIG (Metal Inert Gas). Panorama des marques AROMIG I 200 3+2 Spécialiste reconnu du soudage électrique par points, Aro travaille en partenariat avec le fabricant italien Helvi pour les postes semi-automatiques. L'Aromig I200-3 + 2 est de type Inverter synergique pulsé Il fonctionne sur du 230V. Il dispose de trois dévidoirs et trois torches avec reconnaissance automatique. Alimentation : 230V ; Courant : de 20 à 200 A ; Facteur de marche : 200 A à 35 % ; Poids 68 kg. Blackhawk Wel 35 Présentée lors du dernier Salon Equip'Auto, la nouvelle gamme de poste de soudure Blackhawk intègre trois postes semi-automatiques, deux ou trois torches pour intervenir sur les aciers haute résistance comme l'aluminium ou, en brasure, sur les tôles galvanisées. Tous profitent de la technologie One-Touch Synergie. Le plus sophistiqué (Wel 35), peut tout de même fonctionner sur du 230 V. Alimentation : 230V ; Courant : de 20 à 220 A ; Poids : 59 kg GYS Autopulse 320-T3 Sans doute le poste haut de gamme le plus répandu chez les carrossiers français. Il est conçu pour permettre le soudage des tôles les plus fines. Il intègre trois dévidoirs et un système quatre galets. Il permet de souder tous les aciers, l'aluminium ou la soudo-brasure de type Cupro. Alimentation : 400V ; Courant : de 15 à 320 A ; Facteur de marche : 260 A à 60 % ; Poids 82,5 kg. Telwin Inverpulse625 Aqua Chez le fabricant italien Telwin, l'Inverpulse 625 Aqua est un véritable poste multi-procédé capable de réaliser des soudage MIG-MAG, TIG, MMA ainsi que du soudo-brasage. Il dispose de dévidoirs de fil séparés à 4 galets et du fonctionnement synergique. Il propose 50 programmes préétablis. Alimentation : 400V ; Courant : de 10 à 600 A ; Facteur de marche : 500 A à 40 % ; Poids 121 kg. Fronius TPS 320i Très présent dans l'industrie, Fronius propose aussi des postes semi-automatiques adaptés à la réparation carrosserie, dotés d'un fonctionnement synergique et de plusieurs torches. La gamme TPS est proposée dans différentes fourchettes d'ampérage. Alimentation : 400V ; Courant : de 3 à 320 A ; Facteur de marche : 320 A à 40 % ; Poids NC. Lincoln Electric Powertec 305C Pro Le fabricant américain Lincoln dispose d'une large gamme de postes semi-automatique Powertec. Parmi ceux-ci, le 305C Pro est adapté aux procédés MIG/MAG et Cupro. Deux afficheurs numériques indiquent la tension et l'intensité de soudage, ces deux paramètres pouvant être associés au mode de contrôle synergique. Alimentation : 230/400V ; Courant : de 20 à 300 A ; Facteur de marche : 230 A à 60 % ; Poids 145 kg. Photos D.R.